Caroline Mesquita

Les Bains-Douches

 01.02-23.03.2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Caroline Mesquita Les Bains Douches Alençon Julie Boukobza 2014

Echange d’emails entre Caroline Mesquita et Julie Boukobza


JB
     Ok Super je suis là du 4 au 10 septembre également, il faut que vous me parliez de cette expo Les Bains Douches (nom du club de mon père dans les années 80) !

CM      En fait c’est le nom du lieu d’expo, le titre n’est pas encore défini
Super pour les dates, on se voit très bientôt.

CM      Julie,

J’ai bien aimé le symposium sur la nuit parisienne, ravie d’avoir croisé Hubert !

Figure toi que le titre de l’exposition que je prépare aux Bains-Douches à Alençon sera « Les Bains-Douches ».
Le titre et l’idée du projet découlent plus ou moins du quiproquo dans notre échange de mail.
Ca me plaît bien tous ces liens qui se tissent à partir de ces mêmes lieux d’origine qui ont été transformés.

J’espère que tu passes du bon temps en Italie
Moi j’ai passé le réveillon dans mon bain !

xxx

JB      Good morning Caroline,

L’eau serait donc le thème central de notre conversation, car je suis arrivée à Naples il y a deux jours sous des trombes d’eau, la lumière
y est ruisselante, les ruelles glissent, les carrefours sont des lacs, les avenues des bras de mer, j’attends, nous attendons, que cela s’arrête…
Oui je serais donc née dans la boîte de nuit devenue ton lieu d’exposition, et ton exposition à part entière.
Les Bains Douches à Alençon tel Pompidou Metz ou le Louvre à Lens…

Alors quels sont les lieux et les origines que tu racontes dans cette exposition ?
Je te rends Dick alors que tu me réponds !

Bien à toi,

Julie

CM     Bien reçu Dick, je suis en Bretagne en pleine tempête, ma silhouette dans mes bottes et mon ciré est loin de ressembler à celle que je peux avoir sur le dancefloor.
Il y a une présence sous-jacente de l’eau dans mes pièces, avec ces tubes d’acier qui servent à la transporter, ces récipients pour se laver ou pour boire, et ces vêtements qui sont comme mis à sécher ; mais tout est asséché.

Il y aura une baignoire aux Bains-Douches, une baignoire renversée.

C’est un objet que je répète. Il a d’abord été présenté placé sous un plafond vitré, comme avant ça d’autres objets dans lesquels on s’allonge, un sommier ou des chaises longues, qui permettent placés à ces endroits, de profiter en hiver de la lumière extérieure. Ensuite cet objet a été déplacé de l’endroit pour lequel je l’ai pensé et présenté dans un ensemble d’éléments métalliques issus d’anciennes pièces et réadaptés à un nouvel espace ; Il était couché, pris dans un flux, dans un virage il s’est renversé. Couché, il est par la suite devenu un instrument de musique, un instrument à percussion grâce auquel sont enregistrés des morceaux qui deviennent les bandes sonores d’expositions.

Ici il sera en cuivre et non plus en acier. L’oxydation de son matériau servira à imprimer des figures dans la même couleur que celle du lieu lorsque les Bains-Douches étaient encore un endroit ou l’on venait se laver.

Oui avec les Bains-Douches il est question du corps, avec lequel on danse. Tu aimes danser ?

Bien à toi,

Caroline

JB      Depuis trois jours Caroline la région s’est quelque peu asséchée, j’ai pu connaître ses vraies teintes, je suis désormais à Sorrento, j’ai visité aujourd’hui Pompéi, ses thermes justement, sa villa mystérieuse, son bordel, ses fours et toutes ces choses qu’on ne peut visiter…
Le principal attrait des Bains-Douches alors que j’étais enfant était sa petite piscine au sous-sol, on appelait « baigneurs » les habitués des lieux.
Cette piscine était spéciale, sûrement sale, certaines personnes s’y plongeaient mais pas tant …
Mon père s’occupa aussi d’un bateau nommé la piscine Deligny.

Nager m’a souvent sauvée de moi-même, je ne pars jamais en voyage sans me renseigner sur les points d’eau alentours.

Danser, tous les jours ou presque, seule, en réunion, à deux, en marchant.

Nager, danser, même combat !

Je réfléchis aussi beaucoup ces temps-ci aux objets sur lesquels on s’assoit dans les espaces d’expositions, s’allonger pour profiter de la lumière hivernale est un doux songe.
Quelles bandes son évoques tu ici ? Quelle musique pour quelle danse ?

Un Ami m’a un jour offert un baladeur parfaitement étanche …

A bientôt

CM       J’étais un bébé triton, ma mère m’emmenait à la piscine quelques mois après ma naissance, on écoutait de la musique classique sous l’eau.

Je me suis pendant longtemps vue sirène, mais le chant ce n’est pas mon truc, je préfère les instruments.

J’ai commencé tôt la musique avec la clarinette que j’ai pratiquée pendant longtemps. Ensuite j’ai fait de la bombarde, un instrument de musique bretonne au son criard, j’ai même mené un bagad quand j’avais 16 ans, c’est un ensemble de musiciens avec des bombardes, des cornemuses et des caisses claires. Puis j’ai fait de la batterie.
J’ai tout arrêté quand je suis entrée aux Beaux-arts. Et dernièrement ca revient. J’ai fait des flûtes avec les mêmes tubes avec lesquels j’ai fabriqué plusieurs de mes dernières pièces. J’improvise des morceaux dans les lieux dans lesquels elles sont présentées.
J’ai aussi fabriqué un instrument à percussion avec des éléments issus d’anciennes pièces, des récipients en métal de différentes tailles. Les morceaux enregistrés deviennent des bandes sonores d’expositions.
Il y a quelques temps je me suis intéressée aux objets que l’on peut continuer à utiliser dans un espace d’exposition comme une assise, une lampe ou un porte manteau.

Concernant les assises j’ai commencé par choisir deux chaises longues que j’ai placées sous une verrière pour profiter de la lumière extérieure en hiver. Ensuite j’ai couché des socles et des cimaises pour qu’ils deviennent des assises, unissant d’un même geste des espaces. J’ai fabriqué un banc qui a servit dans des expositions à s’asseoir pour regarder les pièces d’autres artistes.
J’ai aussi dessiné des chaises, des fauteuils et des tabourets qui sont difficiles à identifier et qui ne sont pas utilisables.

Mais ce que j’aime le plus c’est m’asseoir par terre dehors et m’allonger. J’aime aussi beaucoup conduire, toi tu aimes prendre le train ?
J’ai quitté Sorrento hier, dans mon lit à Paris ce matin, nous avons mis nos pieds dans la mer le 1er janvier comme vœux de félicité…

Le chant c’est mon truc, peut-être devrions nous monter un groupe ensemble avec tes instruments d’arts ? Let’s call it The Sirens !
Le seul regret de ma vie serait le piano.

J’ai souvent parlé avec l’artiste Sarah Ortmeyer des œuvres qui se recyclent, qui deviennent autres, voire des expositions remasterisées, je pense que l’exposition de Pierre Huyghe en est aussi un bon exemple.
L’intérêt d’une économie plus juste, de gestes plus concentrés, je pense que ca se rapproche étrangement de la danse d’une certaine façon, on part d’un simple mouvement qu’on décline à l’infini…

Je suis revenue vivre en Europe pour son réseau ferroviaire en grande partie, pour m’éloigner de l’angoisse des transports aériens, mais surtout pour prendre le train comme on prend un café, pour louper le train, pour les langues qui changent dans le train, pour les trains de nuit un jour, pour les bars dans les trains, pour le bruit hypnotique des panneaux qui annoncent les quais, pour voyager sans identité.

Que fais tu aujourd’hui Caroline ?

Je t’embrasse J

CM    Mes derniers souvenirs d’Italie sont ceux de Sienne, en particulier des catacombes du musée d’archéologie. J’y ai passé deux semaines il y a quatre ans entourée d’ossements, de sculptures et objets anciens pour installer l’exposition de mon professeur Adalberto Mecarelli.

J’ai passé beaucoup de temps en extérieur ces derniers jours, j’ai regardé la mer mais je ne l’ai pas goûtée. Je n’ai pas participé au bain du nouvel an j’ai préféré arpenter une ancienne carrière d’ardoise.

Hier, j’ai tourné les deux derniers plans d’une vidéo que je prépare en ce moment. Je filme des sculptures que j’ai réalisées pour un endroit dans lequel je travaille, une ferme très isolée dans la campagne. Ces images seront entrecoupées par d’autres tournées autour de la ferme, dans le jardin, le bois, les champs. La bande sonore est enregistrée sur place avec les sculptures instruments.
Le montage se fera aux Bains-Douches, simultanément à la fabrication de l’exposition.

Je vais prendre un train ce soir pour Paris, le TGV Atlantique que je trouve très beau. J’aime bien ces moments où l’on se déplace vers un endroit en pouvant superposer une autre activité ou simplement divaguer. De Paris à Alençon il faut compter à peu près deux heures en TER, en passant par Surdon. Surdon est une gare au milieu de nulle part, entourée de prairies et au loin de forêts, il y fait quelques degrés de moins qu’ailleurs. Il n’y a qu’une petite gare dans laquelle se trouve un distributeur de friandise. Les minutes d’attente le soir dans la nuit et le silence y sont intenses. Si le train n’arrivait pas ce serait le début d’une aventure.

A bientôt.

JB      Hier soir avant de m’endormir j’ai lu quelques pages d’un livre d’Etel Adnan « Voyage au Mont Tamalpaïs :

« Il y a une expérience entre le voyage et l’eau. Celle-ci est une expérience pure. Quelle sorte d’expérience ? Un itinéraire. Je suis eau et je me meus. J’ai besoin de circuler autours de la montagne parce que je suis eau.
La montagne doit rester et je dois m’en aller. »