Colors of Fantasy

Ludovic Sauvage

29.10 – 20.11.2026
Projection et rencontre le 29 octobre, 18h (gratuit)
Colors of Fantasy - Les Bains-Douches, Alençon

Colors of Fantasy prend pour point de départ une typologie d’images : ce qu’elles montrent à leur surface ainsi que les traces du regard qui les a produites. Le film s’intéresse à ces photographies ordinaires comme à des objets culturels, porteurs d’une manière spécifique de voir, de cadrer et de représenter le monde. Construit à partir de diapositives Kodachrome et Ektachrome trouvées en ligne, réalisées par des photographes anonymes au cours de voyages principalement effectués entre les années 1960 et 1980, le film réactive un vaste corpus d’images vernaculaires. Ces photographies, destinées à être projetées dans l’intimité du foyer sous la forme de diaporamas, constituent l’archive d’un imaginaire du voyage aujourd’hui largement transformé, mais dont les schémas de représentation continuent de circuler.

Colors of Fantasy s’approprie ainsi la forme du diaporama, technologie domestique de la mémoire et du récit, pour en déplacer les usages. Entre image fixe, photographie animée et séquence cinématographique, le film oscille constamment entre plusieurs régimes de perception. Les images semblent parfois retrouver le mouvement qu’elles auraient pu contenir, tout en s’éloignant simultanément de leur origine documentaire. À travers cette collection de paysages, d’intérieurs, de scènes de rue et de figures anonymes, se dessine progressivement une histoire implicite du regard occidental. Le film ne cherche pas à documenter les lieux représentés, mais à observer la manière dont ils ont été regardés, sélectionnés et transformés en images. L’exotisme, loin d’apparaître comme une qualité naturelle des sujets photographiés, se révèle alors comme une construction visuelle, un ensemble de conventions et d’attentes inscrites dans les images elles-mêmes.

Les algorithmes génératifs utilisés pour animer ces archives n’interviennent pas comme un simple procédé technique. Ils agissent comme un dispositif de réinterprétation, capable de prolonger les gestes originels des photographes tout en les déformant subtilement. Aux opérations propres à la photographie — cadrage, composition, exposition — se superposent alors celles du cinéma : travellings, panoramiques, mouvements de caméra et variations de point de vue. Cette couche supplémentaire de simulation produit une instabilité du regard, comme si les images hésitaient entre souvenir et hallucination. Peu à peu, une étrangeté diffuse s’installe. Derrière la séduction des couleurs saturées et la familiarité des clichés touristiques apparaissent des formes de dissonance, des continuités impossibles, des espaces recomposés. Le film progresse ainsi du banal vers l’inquiétant, explorant la manière dont les technologies contemporaines peuvent réactiver les fantômes contenus dans les images du passé.

Colors of Fantasy propose ainsi moins une réflexion sur l’intelligence artificielle qu’une archéologie du regard. En réanimant ces archives photographiques, le film interroge la persistance de certains imaginaires visuels et la façon dont les technologies de simulation prolongent, déplacent ou amplifient les mécanismes de représentation qui les ont fait naître.

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Ludovic Sauvage est diplômé de la Villa Arson, Nice ,Il développe une pratique centrée sur les notions d’ambiances, d’affects et de temporalité contenus dans les images. Il a exposé récemment à Timeshare (2025), Los Angeles, à la Maison Européenne de la photographie (2024), Paris, à Tonus (2024), Paris, Pauline Perplexe (2023), Arcueil.