Charlotte Delval

Let’s Twist Again

05.11 – 19.12.21

Vernissage le vendredi 5 novembre à 18h30

Cette exposition est proposée dans le cadre de MAINTENANT ET DEMAIN 2021. Ce programme de résidence et exposition destiné aux artistes récemment diplômé.e.s d’une école d’art de Normandie est mis en place par le Conseil Départemental de l’Orne via le Fonds Départemental d’Art Contemporain en collaboration avec Les Bains-Douches. Charlotte Delval est lauréate de cette première édition, elle est diplômée en 2019 de l’École Supérieure d’Arts et Médias de Caen/Cherbourg.

 

The mice are faxing this message to you since the goats have eaten all the paper and the snakes have all the phone lines busy day and night. 

Quand ils se voyaient une fois, ils se voyaient mille fois.

Robert et Josette se sont rencontrés l’an dernier. Quelle chance. Ils se sont bien trouvés tous les deux. Étrangement, il n’y avait rien du flirt habituel qui accompagne le plus souvent la parade nuptiale. C’était plutôt une sorte de mécanisme où l’un et l’autre se gratifiaient. Lorsqu’ils étaient ensemble, il n’y avait ni confusion ni besoin de s’adapter. Ils rendaient le plus souvent visite aux personnes abonnées à des magazines. Ils aimaient y déchirer les images et les faire rebondir sur le sol. Bien qu’ils soient tous les deux non-voyants, ils regardaient chaque image et se demandaient à quoi pouvait bien ressembler les jaunes, les rouges et les oranges. L’envie de faire quelque chose inconsciemment, et souvent de manière compulsive, était le genre de coutume qu’ils aimaient partager. Ce qu’ils ont à dire à ce sujet est parfois chanté avec un arrangement homogène de sons de tambours. Un son, coupé en deux par la voix et l’harmonie, mixé et répliqué sur une puce numérique. Une coutume dont la pratique de Charlotte Delval partage certains aspects. 

Opérant differentes actions dans son atelier, l’artiste crée de nombreuses rencontres, fusionne objets et textures. Duo de formes et de matière, elle compose une grammaire, un language organique, entre fluide et stigmate qui pourrait apparaître comme une orgie abstraite, une science-fiction du future inhibant tout potentiel de vie humaine. Un travail en creux dont l’artiste puise son énergie dans l’empreinte, la trace et le passage. Des enregistrements aux lectures multiples nécessitant un contact physique, une action tactile et résolue.

Tu es moi et je suis toi et nous sommes tous… quelqu’un d’autre.

Mentionner les personnages du roman Des Aveugles d’Hervé Guibert, n’est pas sans importance car il y a dans le travail de Charlotte Delval un rapport particulier au toucher bien qu’ironiquement, ce soit le seul de nos sens dont le cadre de son exposition nous prive. Guibert-Delval, une réflexion au carrefour de l’image et de l’écriture, introduisant différentes atmosphères et températures d’un répertoire de formes qui nous est familier. Cet aspect tactile mentionné dans le travail de l’artiste suggère un rapport particulier à l’autre. Une forme de respect et d’attention qui passerait par l’écoute et le tâtonnement : clés précieuses à toutes formes de communications et de soins. 

Du porte-manteau au tapis, en passant par de la vaisselle, le travail de Delval crée, peu importe le lieu, des éco-systèmes composés de corps-sculptures, mimant parfois des positions humaines. Il y a des portraits, des souvenirs, des rimes qui se retrouvent aussi dans les titres de ses oeuvres: Dominique, Coiffeuse, Dans ton oeil de serpent, Mon Lapin. Et un affaissement. Une pratique du sol, au sol, contre le sol, sur un territoire défini ou bien jouant d’une gravité. Une perte d’énergie visible, accueillie en surface, le cas échéant, aux abords de points d’accroches dont la trace est irréversible. 

Je suis toi et tu es moi et nous sommes tous… quelqu’un d’autre.

De ces enregistrements visuels et haptiques il nous reste la coque, le dépôt, cette feuille de passage dont Charlotte Delval aime lui donner une forme. Des enveloppes uniques parsemées ici dans son exposition aux Bains Douches dont la légèreté et la douceur nous incitent à reposer nos paupières.

Jordan Derrien, Septembre 2021

Jean-Baptiste-Siméon Chardin, Blind Beggar, 18th century, Oil on canvas, 29.8 x 23 cm, Harvard Art Museums/Fogg Museum, Bequest of Grenville L. Winthrop, 

The mice are faxing this message to  you since the goats have eaten all  the paper and the snakes have all the phone lines busy day and night. 

When they saw each other once, they saw each other a thousand times. 

Robert and Josette met last year. How lucky for them. They both really did find each other. Oddly enough, there was none of the usual flirting that most often comes with courtship display. Rather it was a kind of mechanism in which each gratified the other. When they were together, there was neither confusion nor need to adapt. Most often they visited people who had magazine subscriptions. There they loved to tear up images and bounce them on the floor. Even though they are both sightless, they would gaze at each image and wonder what the yellows, reds, and oranges might indeed look like. The urge to do something unconsciously and often compulsively was the kind of habit they liked to share. What they have to say about this is occasionally sung with a uniform arrangement of drum sounds. A sound, cut in two by voice and harmony, mixed and replicated on a digital microchip. It is a habit certain aspects of which Charlotte Delval’s art practice shares. 

Carrying out a range of different actions in her studio, the artist fashions numerous juxtapositions and fusions, melds objects and textures. With the duo of shape and material, she composes a grammar, an organic idiom, something between fluid and stigmata that might look like an abstract orgy, a science fiction of the future inhibiting every potential of human life. It is subtle indirect work and the artist draws its energy from the print, trace, or passage. From recordings to multiple readings requiring physical contact, a tactile, determined action. 

You are me and I am you and we are all… somebody else. 

To mention the characters of Hervé Guibert’s novel Des Aveugles is of some importance because in Charlotte Delval’s work there is a special relationship to touch, even though ironically it is the only one of our senses which the venue and layout of her exhibition deprive us of. Guibert-Delval, a reflection at the intersection of image and writing, introducing the different atmospheres and temperatures of a repertoire of forms that are familiar to us. This tactile aspect mentioned in the artist’s work suggests a particular relationship to the other. A form of respect and attention that would involve listening and gingerly feeling, that is, the keys to all forms of communications and physical care.

From the coat rack to the rug and on to dinnerware, Delval’s work creates – whatever the venue – ecosystems made up of sculpture-bodies, occasionally miming human positions. There are portraits, souvenirs, rimes that can be found in the titles of her works, Dominique, Coiffeuse (Hairdresser), Dans ton œil de serpent (In Your Serpent’s Eye), Mon Lapin (Darling). And a collapse. An art practice of the ground, on the ground, against the ground, on a clearly defined area or playing with a certain gravity. A visible loss of energy, welcomed on the surface, if need be, on the edge of sticking points whose trace is irreversible. 

I am you and you are me and we are all… somebody else. 

All that remains of these visual and tactile recordings are the shell, the remnants, that passing sheet which Charlotte Delval likes to lend form to. Unique envelopes scattered about here in her show at Les Bains Douches whose light and gentle aspect induce us to rest our eyelids. 

Jordan Derrien, September 2021