Mathilde Ganancia

Mathilde Ganancia

Onjes-sur-Joult

11.09 – 25.10.20

Mathilde Ganancia – Onjes-sur-Joult 

Une goutte qui tombe dans un seau, ça laisse dans l’oreille un son rond ; sur la langue un goût de métal, couleur argent, puis cuivre, rouille verte. Ce soir ça m’a réveillé.

Je rêvais qu’on me suivait, qu’on me guettait de derrière un mur, la tête dissimulée par une cagoule.

L’oreiller trempé, je le retourne. J’ai la nuque chaude, le corps qui brûle. J’enlève la couverture, je me dis que ça va mieux, puis j’ai froid, je gèle, je grelotte. Chaque follicule pileux se dresse le long de ma colonne vertébrale : je fais le dos rond, mon poil se hérisse.

La goutte encore. C’est comme si mes lèvres avaient entouré le canon frigorifié d’un pistolet quelques instants. Les yeux fermés, ma bouche formant un “O” à la courbure parfaite. Un after-taste rouge brique, de sang séché.

J’ai laissé ma blouse blanche sur la chaise, elle est pétrifiée mais elle est sèche. Je me couvre. Je ne dors pas, j’allume ma lampe de chevet. J’ai oublié un ticket à gratter à côté du cendrier. Une pièce d’1 € entre mes doigts moites, je gratte. La pellicule mate se détache, un rectangle d’un vert émeraude se dévoile : monochrome minime. Un monochrome personnel, intime, comme des sous-vêtements qu’on apprend à dégrafer d’un seul geste. Aussi simple que claquer des doigts.

G… N… C… Ah ! Des lettres fantômes apparaissent en transparence. Un message secret et diaphane sur le papier, puis un visage. J’ai pas compris. Ai-je gagné, ou ai-je perdu ?

Une troisième goutte. C’est sans doute l’état de somnolence dans lequel je suis, mais le son me paraît plus proche, comme s’il menaçait de se glisser à l’intérieur de mon système auditif. Un escargot se dénudant de sa coquille, laissant derrière lui le dessin visqueux de son passage, pour atteindre mon ouïe.

J’ai mal aux gencives. J’ai mal aux dents. La nuit arrive et dans mon sommeil je fais du bruxisme. Ce genre de bruit grinçant qui te fait enterrer les ongles dans la peau de ta main, contracter à fond les muscles des phalanges : des demi-lunes qui viennent marquer ta paume.

Sourire, c’est afficher ses canines, ses incisives, et moi j’aimerais mieux qu’une barbe épaisse me dévore le visage. Je voudrais me travestir.

L’autre, elle me regarde de son œil vert. Elle me fixe de son œil violet avec son accoutrement stupide, ce tailleur rouge vif. Tu l’as mis pour qui ?

Ça me donne des envies de violence, des pulsions de meurtre. Moi taureau, je piétinerais ton costume.

On se moque ? J’ai l’impression qu’on me regarde, qu’on se fout de moi. Dans cette salle vide, j’entends des rires, je me sens seul et ridicule. Je me cache, je me rhabille. Je suis le roi nu de qui on rit. Je suis le roi nu qu’on humilie, l’exhibo, qu’on pointe du doigt. J’ai les joues écarlates, j’arrête. J’ai trop fait la comédie. 

Je laisserai derrière moi, directement sur le sol, l’ombre de ma traversée. Les contours de mon épopée grandiose, vous pourrez tous les retracer au feutre et au pinceau. Je plume les plus belles plumes de mon plumage : je vous laisse le bleu, le vert, et l’or de ma queue de paon. 

Ana Mendoza Aldana

A drop falling into a bucket leaves a full roundish sound in the ear; on the tongue, a metallic taste, the color of silver, then copper, verdigris. That woke me up tonight.I’m dreaming that someone is following me, that someone is spying on me from behind a wall, their head hidden by a balaclava. The pillow is sopping and I turn it over. The back of my neck is hot, my body burning up. I throw off the covers, I tell myself that it feels better, but suddenly I’m cold, freezing to death, teeth chattering. Each hair follicle along my spine stands on end. I‘m arching my back, the hairs on my body bristle.

The drop again. It’s like my lips are around the icy barrel of a gun for a few seconds. My eyes closed, my mouth forming an “O” with a perfect curve. A brick red aftertaste, of dried blood. I left my white top on the chair, it’s rock hard but dry. I cover myself up. I can’t sleep, I turn on my bedside lamp. I left a scratch card next to the ashtray. With a 1 € coin between my moist fingers, I scratch. The opaque covering comes off, an emerald green rectangle appears, a tiny monochrome. A personal intimate monochrome, like underwear you learn to unhook with a flick of the wrist. As easy as snapping your fingers. G… N… C… Ah! Phantom letters come into view transparently. A secret translucent message on paper, then a face. I don’t understand. Have I won or have I lost?

A third drop. It’s probably the sleepy state I’m in but the sound seems closer to me, like it’s threatening to slip inside my auditory system. A snail stripping off its shell, leaving behind the viscous line its passage has drawn, in order to reach my hearing. My gums hurt. My teeth hurt. Night comes and while I sleep I ground my teeth. That sort of grinding sound that makes you plant your nails into the skin of your hand and contract the muscles of the phalanges of your fingers. Little half-moons that mark your palm. To smile is to flash your canines, incisors, and I’d rather a thick beard swallowed up my face. I’d like to cross-dress. The girl looks at me with her green eye. She stares at me with her violet eye, sporting her stupid getup, that bright red suit of hers. Who’d you put that on for? It puts me in a mood to lash out violently, an urge to kill. If I were a bull, I’d trample that rag you’re wearing. Is someone making fun of me? I get the impression somebody’s looking at me, laughing at me. In this empty room I hear laughter, I feel all alone and ridiculous. I hide, I get dressed again. I am the naked king that is laughed at, the flasher that gets pointed at. My cheeks are beet red, I stop. I’ve overdone it putting on the act.

I shall leave behind me, right on the ground, the shadow of my passage. The outlines of my grandiose epic – you’ll be able to trace them out in felt-tip pen or brush. I pluck the prettiest feathers of my plumage. I leave you the blue, the green, and the gold of my peacock’s tail.

Ana Mendoza Aldana

Mathilde Ganancia (born in 1988, lives and works in Bagnolet) is interested in the variability of things. Her materials range from video images and paint to textiles and performed readings, which she reworks according to the exhibition venue in order to capture and transform its features. With this she creates improbable polymorphic fictional worlds, usually in the first person, managing to both welcome and surprise viewer auditors.She is a graduate of ENSBA, Paris (DNSAP, 2013) and the Taipei Nation University of the Arts (BFA, 2012). Since 2015, her work has been seen in a number of solo and group shows, including at Palette Terre, Paris; Glassbox, Paris; Galleria Continua, Boissy-le-Châtel; and Space Gallery, Liège.